Dans le parc de la Rivière des Marsouins, même si l'hiver est là, des oiseaux chantent dans les arbres et nous font entrer dans leur maison. C'est là que Kénaëlle nous accueille, « 24 an et toutes ses dents », avec un grand sourire. « Ti manmzèl de l'Ès », comme elle se décrit elle-même.
C'est une artiste complète : elle écrit, elle compose, elle joue de la flûte et des percussions. Mais avant tout, elle est enseignante — lamontrèz auprès des enfants, à l'école et au lycée. Elle aime jouer avec les mots, enseigner en créole et en français. « Kan èl i amont kréol, na in pé plis lespas é lé gayar » : quand elle enseigne en créole, il y a plus d'espace, et c'est bon.
Kénaëlle a un grand respect pour Marie-Alice Sinaman, « in fanm sinsèr é otantik ». Elles ont travaillé ensemble sur « L'anbians nout péi », et Kénaëlle le dit joliment : « Alice lé parèy si la sinn kom dan la vi » — Alice est la même sur scène que dans la vie. Son grand cœur, un exemple pour nous tous.
Kénaëlle aussi a gran kèr. Les gens la connaissent pour sa douceur. Et pourtant, quand des humoristes comme Thierry Jardinot ou LeLetchi la taquinent, Kénaëlle est la première par terre à rire ! On dit que s'il y a une brouille quelque part, il suffit d'appeler Kénaëlle pour remettre tout le monde d'accord.
« Lo ti fanm na la tèt dann zétwal, mé son pié lé an rasine dann la tèr. »
Quand on croit qu'elle chante Bondié — dans des titres comme « Karma » ou « Bénédiction » —, elle vous ramène en réalité dans les tours et détours de la vraie vie. Et dans ses reprises, elle suit son cœur : elle n'hésite pas à chanter les grands poètes comme Danièl Waro, puis à arranger à sa manière des musiques d'aujourd'hui, comme « Je t'aime de ouf » de Wejdene.
Kénaëlle, c'est tout cela : spirituelle et ancrée. Elle puise son inspiration dans sa famille, mais aussi auprès des grands artistes de La Réunion. Elle vit sa passion pour la musique — mais pour elle, son vrai travail, c'est d'enseigner aux enfants et de leur ouvrir l'horizon.
Le confinement de 2020, aussi compliqué fût-il, est bien tombé pour elle : elle a fait une pause dans la musique pour se concentrer sur son travail à l'école. Et pendant la crise, elle a tenu bon aux côtés des autres artistes touchés, dans un moment où tout changeait à chaque instant.
Après un an et demi, voici son cadeau pour son public : « Padèl ». Un titre qui fut difficile à trouver.
Kénaëlle : « An fèt, mwin la ékri lo shanson é mwin la bug su lo tit. Amwin èk mon lékip, nou la pas o mwin dé semenn pou trouv kèl tit nou mèt… Sé mon manager i té di : akoz nou mèt pa Padèl ? Mi di : domoun va katégoriz amwin kom in moun i shant rynk zafèr malbar ! (èl i rir) Mé kan ou sava o fon dé mo — pars mwin sé inn amourèz dé mo —, padèl, kom i vé dir “offrande”, mi of mon piblik in nouvo morso. »
Mi pran la line, soley, zétwal pou témwin
Mil promèt aou vèy si ou ziska la fin,
Ma inm aou, larzan, diaman m'a pa bezwin.
Mi vé aou, larzan, diaman m'a pa bezwin.
Devan out kèr, ajnou, m'a dépoz mon padèl
M'a fane-fane tout mon lamour ansanm in grinn sel
M'a invant pou ou in nouvo koulèr larkansièl
Pou nout lamour touzour i grinn an kaskavèl
Encore une fois, elle nous entraîne dans une histoire de tous les jours, une histoire d'amour : sa voix douce nous enveloppe comme une couverture, et la mélodie fait planer. Sur YouTube, le clip nous fait vivre des noces — toujours dans l'amour, toujours dans la diversité.
Cet article vit en entier ici, gratuitement. Mais le magazine, lui, est un objet à garder : Zarboutan n°3 « Kénaëlle », imprimé en tirage limité, pour les collectionneurs de la culture créole.
Zarboutan est édité par Komkifo et rejoint la grande étagère de la culture réunionnaise. Pour prolonger la musique péi, du séga au maloya, à la librairie Cultiv Anoo :